Dimanche 19 Juillet. Le programme du jour, c'est retrouver Alex à la sortie de métro Nanluoguxiang, et après, je la suis, c'est elle le guide. Plutôt pratique je dois dire: au moins, si on se perd, c'est pas ma faute...

     Nous avons rendez-vous est à 8h30-9h. Mon expérience étant pour le moins inquiétante, j'arrive à 7h20. Bon, ben je vais attendre. Au moins, je suis pas en retard...

     Elle arrive vers 8h40, avec un sac rempli de maïs et de sushis. On avait pas parlé du repas, je savais pas comment elle voulait qu'on s'organise. Je me sens très ridicule d'un coup avec mes pommes et mes tomates...

     On marche, on apprend le Chinois, on apprend le Français, on demande notre chemin toutes les 5 minutes... C'est rassurant de voir que je suis pas la seule à voyager à l'instinct. La différence, c'est qu'elle a beaucoup moins de lacunes que moi dans la langue locale, ce qui lui permet de pouvoir se renseigner auprès des passants. Et de comprendre la réponse. Très important, ça. Oui, parce que si on comprend pas la réponse, savoir demander son chemin c'est à peu près aussi utile qu'en être incapable. Après, ce serait tellement plus simple si tout le monde vous disait la même chose... Seulement, chaque personne que nous abordons nous indique une direction différente. On va jamais savoir où c'est le Nord. Bon ben tant pis, à force de les écouter, on finira bien par trouver... Alléluia! Elle sait où on est! Heureusement, parce qu'entre nous, j'en ai strictement aucune idée...

     N'empêche qu'en plus de me rassurer, le fait qu'elle ne sache pas toujours où elle va me dit quelque chose d'autre... Si vous ne voulez pas entendre parler de gens qui perdent leur chemin plus facilement que le Petit Poucet, ne lisez pas d'articles qui se passent à Pékin... Parce que concrètement, à part se perdre, je vois pas trop ce qu'on peut y faire... Visiter, bien sûr. Mais visiter en se perdant. Histoire de pimenter un peu la chose: "Wouah! Quelle aventure!" *

2015-07-19 de Nanluoguxiang au Parc Olympique avec Alex (16)

     Nous voilà dans un parc immense, dont j'ignore le nom. Nous nous arrêtons près d'une chanteuse pour la pause déjeuner et Alex est aussi étonnée qu'enchantée de voir que je comprends quelques paroles du refrain. Juste après "wo bu xiang shuo zaijian"** ("je ne veux pas dire au revoir"), la chanteuse s'en va, et mon professeur enchaîne: "Comment on dit 'vent'? 'Feuille'? 'Arbre'? 'Écorce'? 'Oiseau'?" Ouh, là! Ralentis une minute, par pitié...

          - Et 'pierre', ça se dit 'shi', comme 'dix' et 'tou', comme 'tête'.

          - Ah... Donc si t'as dix têtes, t'es un caillou?

          - Sérieusement? Non... Tu vas t'en rappeler comme ça?

Ben quoi? C'est un moyen mnémotechnique comme un autre... Et il marche en plus, le bougre!

     Une fois que nous avons terminé, nous montons quelques nombreuses marches afin de nous rendre à un temple qui abrite un immense Bouddha cerné de panneaux "No photographs." Comme la dernière fois, le lieu saint est rempli d’illettrés qui mitraillent la statue de leurs flashs. Et comme la dernière fois, les vendeurs ne disent rien. Comment ça quels vendeurs? C'est un lieu touristique avant tout, il s'agit d'un temple occupé par Bouddha! On peut pas prendre de photos, mais on peut se remplir les poches, ça y'a pas de problème. Les Chinois ont le sens des priorités, faut pas croire.

     Au Palais d'été, j'ai joué les analphabètes,*** mais pas cette fois-ci, Alex est très gentille de faire le guide, je vais pas risquer de l'offenser. Par contre, ma curiosité bouillonne: "Comment ça se fait qu'on ne puisse pas prendre de photo de Bouddha, c'est considéré comme un sacrilège ou quelque chose comme ça?" "Non, c'est juste par respect pour les croyants, parce que pour vous c'est une statue, mais pour nous, c'est plus que ça." Ah, d'accord. Et le respect pour les porte-feuilles des touristes appauvris par un long voyage, non, jamais? Ils y ont pas pensé à ça quand ils ont ouvert la boutique dans le temple? Remarque, ils ont pas non plus pensé au respect pour les croyants, tu me diras... Sinon, laisse moi de donner un tuyau: en occident, on a été très malins, pour pas que les touristes prennent Dieu en photo, on n'a pas fait de statue.**** Par contre on en a fait pour d'autres, on a même fait des jolies fenêtres toutes pleines de couleurs dans les églises, représentant des scènes bibliques. Et c'est pas interdit de prendre des photos parce que... c'est de l'art. Une photo, ça veut dire qu'on l'apprécie, c'est un compliment. Faut pas mal le prendre... Mais bon, ça, je vais pas le dire.

     Notre pèlerinage accompli, nous nous rendons au Parc Olympique, alias La Plus Grande Fierté de Pékin: les jeux de 2008. (Oui, quand on écoute Alex, y'a pas d'erreur, c'est vraiment la plus grande fierté.) Peu après être sorties du métro, nous nous faisons aborder par un charmant centenaire qui, selon ma traductrice personnelle, me trouve "magnifique." Merci, c'est gentil, ça fait plaisir. Et puis, c'est bon à savoir, c'est pas le premier à me dire ça. C'est bien, si je suis considérée comme un canon de beauté dans ce pays, je vais pas rentrer. Ça vaut le coup de tenter une carrière dans le mannequinat. Bien sûr, je vais pas pouvoir rester dans cette famille, parce que je suis pas sûre que les obèses fassent long feu dans le milieu. Mais si je déménage et que je cesse de me sustenter, j'ai toutes mes chances. Oups, elle sera pas longue la carrière: la retraite c'est à 30 ans...

     Après un photo-shoot d'environ un quart d'heure, mon nouvel ami pédophile nous relâche. Alors que nous marchons, Alex passe aux confessions: "Moi, je te vois comme une amie mais ça fait bizarre de voir comment les autres te regardent, et leur comportement avec toi..." Vraiment? Ah, merci, tu me rassures, c'était pas dans ma tête alors. Pendant un moment, j'ai cru... Euh... pourquoi la madame sur le trottoir elle casse ses noix avec un marteau...? Ça me choque tellement que je me suis coupée dans le fil de ma pensée... Je disais quoi, déjà?



* Désolée, ça, c'est les vestiges de Candy Crush...

** "wou-o bou shi-ang shou-o dzai djian." Oui, je sais, pour moi aussi, c'est du Chinois: je trouve pas que "x" ça fasse trop le son "sh," mais bon, c'est comme ça...

*** En Français, ça veut dire que j'ai pris une photo de façon très discrète du Bouda pas discret du tout. (Cf: Article 60)

**** Et aussi parce que c'est plus facile, ça nous évite de nous casser les neurones à nous demander à quoi il pourrait bien ressembler celui-là... Ah, oui, et puis y'a l'truc du sacrilège aussi...



 

  <PS>    Ma journée me confirme qu'Alex est bien Chinoise, sa préoccupation principale étant de me prendre en photo avec tout ce qui bouge... et ne bouge pas.