Mardi 28 Juillet. J'ai mal au dos depuis plus de deux semaines, y'a une boule qui se ballade dans mon cou, et comme je suis supposée porter un sac plutôt lourd dans un mois, il me paraît judicieux d'aller voir un médecin. J'ai écrit à Alex hier soir, qui m'a dit de venir ce matin, après notre cours.* Seulement, voilà: en me levant, je m'aperçois... qu'il n'y a pas d'électricité. Ce qui veut dire pas de wifi, donc pas de cours, donc Alex inquiète.

     Je décide finalement de partir plus tôt que prévu. J'explique tout au père (un demi millier de fois, à l'aide de mimes, du téléphone, et très lentement), en précisant que je serais avec Alex, et je laisse un mot pour la mère en écrivant le nom Chinois de mon accompagnatrice.

     Je vous ai dit qu'Alex s’inquiéterait; ça a pas loupé. Dès que j'arrive, elle me saute dessus, soulagée: "I was so worried!" Oh, fallait pas... Je lui explique qu'on avait pas d'internet et elle me dit qu'elle sait, la mère a téléphoné... Bien. On récapitule: la mère t'as appelée, donc tu savais que j'étais en chemin, et tu as eu l'occasion de lui expliquer les moindres détails de notre conversation nocturne, donc si elle avait pas compris mon mot, maintenant c'est fait. Et vous avez trouvé le moyen de vous inquiéter... toutes les deux? Je croyais que c'étaient les Occidentaux qui étaient stressés...!

     Bref, partons à l'hôpital, ça va passer... Alex demande quelque chose à un gardien et nous entrons dans un bâtiment. Là, on va à un bureau, on donne mon nom... et on gagne une carte magnétique, avec un code-barre, qui nous donne le droit à une consultation! Quelle chance! C'est le plus beau jour de ma vie! Et sinon, montons au premier au lieu de délirer, on pourrait croire que je suis folle et jamais me laisser sortir...

     On va au guichet, on paye, et on va attendre devant une porte ouverte (l'intimité des patients, c'est pas à l'ordre du jour apparemment). Quand c'est à nous, le médecin parle avec Alex, m'examine, oublie d'être tendre lorsqu'il appuie sur la boule pas indolore du tout et suppose que ma douleur dans le dos en provient peut-être. Celle que j'ai dans le dos, je sais pas, mais celle qu'en cet instant précis je ressens dans mon cou, elle provient de ta délicatesse incontrôlée... Nous retournons au guichet, où il me faut payer 500 yuans. D'après ce que me dit Alex, c'est pour le traitement...

     On entre dans un couloir gris. Ne nous méprenons pas, les murs sont supposés être blancs. Je suis sûre qu'ils l'ont un jour été. Enfin, j'espère. Mais, quand? Et ils les nettoient tous les combien exactement? Les ont-ils d'ailleurs lavés un jour? Voici des questions qui ne trouveront jamais de réponse... Bref, dans le couloir gris, Alex me fait asseoir sur une chaise (y'a pas de salle d'attente, on est en Chine) pendant qu'elle va chercher mes médicaments. Quand elle revient, je crois halluciner: tu crois vraiment que je vais avoir besoin des trois tubes de crème et des trois boîtes de cachets? T'aurais pu me préciser le nombre quand tu m'as fait payer, je t'aurais dit que j'avais pas besoin de tout avoir en triple... Mais bon, c'est pas ton porte-feuille... Elle fait quoi ton assurance maladie au juste? Parce que la seule raison pour laquelle j'en ai pas pris, c'est que l'agence était censée s'en charger... Ah, tu sais pas? Ben écoute, renseigne-toi parce que ça m'intéresse.

     Le couloir d'attente, c'était pour une échographie. Enfin, je suppose, on vient de me faire entrer dans une salle, on me passe un gel dans le cou, et on ballade la souris sur ma boule en regardant le film à l'ordinateur... Les résultats en main, on prend la direction du bureau du médecin pour apprendre qu'il ne reviendra pas avant une heure. Bon, ben on repassera...

Article 73 Excursion à l'hôpital

     On retourne à l'agence et on s'isole dans une pièce où Alex m'apprend à écrire quelques caractères chinois. Au bout d'une heure et demi, elle passe aux aveux: "J'espère que quelqu'un va bientôt revenir avec les clés." Silence. Je crois bien comprendre, mais je ne dis rien. "Parce que la vérité, c'est qu'on serait déjà à l'hôpital, mais tes résultats sont dans le bureau, il est fermé et j'ai pas les clés... Je comprends pas, ils ferment jamais d'habitude..." On se regarde pendant dix secondes sans prononcer un mot... et on éclate de rire. Il fallait que ça arrive aujourd'hui. Décidément, on n'a vraiment pas de chance. Ça doit être ma faute ça encore...

     De retour à l'hôpital, on va voir le médecin, qui ne nous dit rien du tout et nous renvoie à l'accueil. Nous traversons donc quelques couloirs gris peuplés de lits occupés et d'accompagnateurs qui suivent les patients avec... leur perfusion à la main? Attends, t'es sérieux là? Moi, j'aurais même pas confiance en une infirmière pour me suivre avec ça. Surtout à cette allure dans un couloir bondé. T'imagines si la perf' s'arrache...? Argh! Jésus, Marie, Joseph! Rien que d'y penser, je suis toute chamboulée. Très peu pour moi, je vous remercie... Tu sais, en Europe, on a inventé un truc révolutionnaire: la barre de pole dance. T'accroches tes poches à médoc en haut, t'attrapes ta barre, et hop! Le tour est joué, elle te suit partout. Ou elle te devance plutôt. Après, ça dépend comment tu la tiens... En plus, elle est multi-fonctions, si tu t'ennuies, tu peux faire un show. Genre quand t'attends pour une radio, ou autre chose, tu sais. Mais faut pas monter dessus, c'est dangereux... Ben oui, c'est le format voyage, en pas solide, avec des roues...

     Wow! On vient de gagner une autre consultation, avec un deuxième docteur. Youhou! Et ce, Mesdames et Messieurs, pour la maudite somme de 10 yuans. Oui, 10 yuans seulement, qui dit mieux? Personne? Bon, ben va pour 10 yuans alors. Pas cher, la consult', pas cher...

     Attends une minute Alex. Tu es entrain de me dire que le Pas Professionnel de Santé n°1 m'a fait acheter 500 yuans de médicaments que le Pas Professionnel de Santé n°2 déclare inutiles pour mon problème, avant de suggérer que je me fasse une piqûre à 1000 yuans tous les jours pendant deux semaines? Euh... Ils croient que je le fabrique l'argent, ou... T'es sûre que tu traduits bien là...? Non, ça je vais pas le dire...

     "Tu comprends, le premier, il pensait que tu avais une infection..." Ah, oui, ça se justifie: "Vas-y, envoie la monnaie, je pense... Je suis pas sûr, hein, attention. Mais bon, c'est pas grave, on n'est pas à 500 yuans..." Donc en gros, là tu me dis qu'il m'a fait acheté les médicaments sans savoir ce que j'avais? "Oui... Il croyait que t'avais une infection. Maintenant, c'est confirmé que tu as une infection.** Donc, il faut la piqûre pour te guérir." Ouais, bien sûr, t'as raison. Je vais me faire une piqûre... pardon des piqûres... moi-même... en Chine... On n'est plus amies? Tu veux que je meures, c'est ça? T'en as marre de moi? Vas-y, tu peux tout me dire...***Et... PS: il m'a donné des médocs croyant que j'avais une infection... J'ai une infection. Donc le problème, il est...? "On peut aller demander à l'autre Docteur pourquoi il t'as donné les médicaments si tu veux." Tiens! En voilà une idée censée! Ben on n'a qu'à faire comme ça, alors. Si tu penses que c'est mieux... Y'a des jours où ma patience me surprend au plus haut point, je devrais pas la sous-estimer...

     "Il dit que c'est pour apaiser la douleur, ça marche quand même, tu mettras juste plus longtemps à te rétablir... Il dit qu'il faudra un mois." Merci. C'est parfait. Un mois, en général, c'est ce qu'il faut pour ce genre de douleur. La piqûre miracle, non seulement elle réduit que de deux semaines (et encore si ça marche), mais en plus, on sait pas ce qu'y'a dedans. Et je me sens pas de me la faire toute seule, je vais tourner de l’œil, à coup sûr...

 

* Je sais pas si je vous ai dit qu'au final, c'est elle qui me donne les cours. Ça a été tout un bazar alors je vous ferai un petit article pour vous expliquer comment tout ça s'est passé.

** Oui, elle adore ce mot, en fait elle comprend pas tout ce que disent les médecins, et elle sait pas comment traduire le peu qu'elle comprend... Non, je suis ni mauvaise langue, ni énervée. Elle me l'a avoué elle-même: "Je sais pas, je comprends pas tout. Tu sais, c'est parce que c'est des médecins." Oui, je comprends bien, je comprends bien. Mais quand tu as des doutes ou que tu es à la rue, tu peux... demander, non?... Non? Ah, ben, non.

*** Vous vous doutez bien que je ne pense pas à voix haute en cet instant de détresse intense...